Enlarge Your…études de Pharmacie !

V0029171 Philadelphia College of Pharmacy and Science: student experi Credit: Wellcome Library, London. Wellcome Images images@wellcome.ac.uk http://wellcomeimages.org Philadelphia College of Pharmacy and Science: student experimenting with plants in a laboratory. Photograph, c. 1933. 1933 Published: c. 1933 Copyrighted work available under Creative Commons Attribution only licence CC BY 4.0 http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/Il y a un an. Tom, pharmacien en officine immigré au Québec, dessinait sur ce blog une réforme des études de pharmacie. Moins de chimie, plus de clinique, mais autant d’années. Sa réforme visait à améliorer la qualité de la formation sur le modèle des pharmaciens québécois dont les missions sont aujourd’hui bien plus nombreuses que celles des pharmaciens français. Rien d’extraordinaire quand on sait que les québécois forment des pharmaciens en 4 ans contre 6 ans en France. Alors quand les principaux syndicats de pharmaciens titulaires et une association d’étudiants discutent, au congrès national des pharmaciens, de la réforme des études, forcément je tend l’oreille.  Et je tombe de ma chaise. Tout ce petit monde trouve un consensus pour allonger les études de 6 à 8 ans. Avec pour principale motivation, la taille…de leur ego. Description d’une proposition lamentable au détriment des étudiants.

Une réforme motivée par un ego déplacé
2 ans d’études supplémentaires. 2 ans de plus avant d’entrer sur le marché du travail. Les étudiants sont en droit d’attendre des arguments forts pour justifier cette proposition : acquisition de nouvelles missions, de nouvelles compétences, augmentation des salaires à la sortie. Sauf qu’à écouter M. Alain GUILLEMINOT (Président de l’UTIP et de l’URPS des Pays De La Loire), la motivation principale est…de ne pas être confondu avec des paramédicaux.

Non mais sérieux, les kinés et les sage-femmes sont à Bac + 5.  Vous imaginez la honte si les pharmaciens restent à 6 ans ? Bon,  mais comment on va faire pour que les pharmaciens déjà diplômés reviennent sur les bancs de la fac ? Ah, non, c’est juste bon pour les jeunes.  Que ne sacrifieraient-ils pas pour la satisfaction de ne pas être confondu avec de vulgaires paramédicaux ?

Là, évidemment, j’imagine que l’ANEPF (association d’étudiants en pharmacie) présente à ce congrès, va bondir et s’opposer violemment à cette idée saugrenue et méprisante pour les autres professionnels. Pas vraiment. Sur le mépris, la réponse est bonne.

Mais en même temps, le président de l’ANEPF ouvre grand la porte à un allongement des études.

Egalement présente, la doyenne de la fac de Nantes annonce la forme de cet allongement : un DES. Mais pas de concours d’internat. Bref, des étudiants « faisant fonction d’interne ».

Faire plus de terrain ? Comprenez : faire des stages mal payés dans un hôpital (ah les 2 euros de l’heure de l’externat) ou dans une officine. Pendant 2 ans.

Et pour en arriver à demander un tel allongement, la doyenne doit certainement constater un manque de formation ou de qualité chez les futurs pharmaciens. Et bien non !

On ne fait pas de mauvais pharmaciens. Alors pourquoi faudrait-il allonger la durée des études bon sang ?

Et comme si cela ne suffisait pas, le Dr. Eric Henry, Président du Syndicat des Médecins Libéraux, se permettra des propos méprisants pour justifier cet allongement.

Une réforme dans l’intérêt des hôpitaux et des officines. Pas dans l’intérêt des étudiants
Outre l’égo mal placé comme moteur de cette réforme, l’une des autres motivations est d’obtenir de la main d’oeuvre sur-qualifiée à un prix dérisoire. Il suffit de lire les propos des principaux syndicats pour s’en rendre compte (source ici) :

« D’ailleurs, selon la FSPF, les représentants de la profession et de l’enseignement supérieur s’organisent déjà pour proposer le programme de ces deux années supplémentaires avec, par exemple, l’organisation de stages ambulatoires pour les étudiants concernés et le renforcement du lien avec l’hôpital. »

Comprenez : plus de stages obligatoires en officine (l’ambulatoire) et plus d’hôpital. Oubliez les coefficients 400-450 dès la fin de la 6e année. Bonjour 2 années supplémentaires de galère payées une misère.

Une perte de 70 000 euros bruts pour les étudiants
A la sortie de la 6e année, les étudiants en industrie émargent entre 35 et 40 ke brut par an (source ici). Les adjoints en officine sont entre le coefficient 400  et 450 (soit en 32 et 36 ke brut). Prenons comme moyenne 35.000 euros bruts par jeune diplômé et par an. L’allongement de la durée des études de 2 ans représente pour les étudiants en pharmacie une perte d’environ 70.000 euros bruts. Je parle en brut car ce salaire contient les cotisations retraite, la prévoyance, la mutuelle santé, l’assurance chômage, etc…

Ces rémunérations et ces assurances sociales disparaitront pendant 2 ans de plus.

A contrario, diminuer d’un an la durée des études pour s’aligner sur d’autres pays donnerait aux étudiants un gain brut de 35 000 euros.

Et je ne parle même pas des primes et avantages en plus de ces salaires perdus ni du report de l’âge de la retraite par une entrée plus tardive dans la vie active. Je peux comprendre que cela ne soit pas la préoccupation des syndicats de titulaires qui eux sont déjà bien installés dans la vie. Mais voir une association d’étudiants en pharmacie ouvrir la porte à cette réforme rétrograde me laisse perplexe.

Et personne ne parle augmentation des salaires évidemment
Les titulaires qui poussent un tel projet de réforme se garde bien d’évoquer une augmentation des salaires. Et dans une période où une pharmacie ferme chaque jour, vous imaginez bien que les titulaires ne seront pas enclins à augmenter significativement le salaire de ces adjoints bac+8 Je considère que réforme est faite au détriment des étudiants dans l’intérêt de leurs ainés. voilà pourquoi je qualifie cette réforme de lamentable.

La France déjà championne  d’Europe et du monde pour la durée des études en pharmacie
Comme l’a fait remarqué la Présidente de l’Ordre des Pharmaciens, la France est déjà le pays où les études en pharmacie sont les plus longues.

La norme internationale est de 5 ans. Voir 4 ans après le DEC (équivalence officielle du baccalauréat) comme au Québec (source ici). Et comme le fait remarquer régulièrement Tom sur son compte twitter (@tom_pharma), la formation du pharmacien canadien donne accès à de nombreuses missions aujourd’hui inaccessibles au pharmacien français.

Accepter un temps d’étude 2 fois plus long qu’au Canada pour avoir aujourd’hui moins de missions qu’eux, voilà ce que propose ces syndicats. Voilà sur quoi le président de l’ANEPF (au milieu de cette photo) ouvre la porte alors que cette réforme lamentable ne mérite aucune discussion. Mais une opposition farouche. Et certainement pas un consensus.

Un seul consensus devrait exister : l’importance d’améliorer la qualité de la formation des pharmaciens SANS AUCUN allongement de la durée des études. Ceux qui porteront un tel projet auront tout mon soutien.

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4 réflexions sur “Enlarge Your…études de Pharmacie !

  1. phiesoldatlaboureur dit :

    Bonjour,

    L’idée générale des syndicats (de titulaires, on en reparlera plus loin) se base sur le schéma européen des niveaux d’études Licence Master Doctorat. A quel niveau doit on placer le diplôme d’état de docteur en pharmacie ? Dans le cadre du référentiel LMD, comme il n’y a pas de doctorat soit 8 années d’études, le diplôme est d’un niveau Master.

    Tout se cristallise autour de la question suivante : Doit on faire disparaître le mot docteur dans l’intitulé du diplôme d’état de docteur en pharmacie ?

    Comme tu l’indiques, il y a une motivation d’ego ou d’image de la profession.

    Tu montres que le système français dépense un temps supérieur à la moyenne européenne pour former un pharmacien. En majorité, les pharmaciens sont formés en 5 ans en Europe. Au Québec 4 ans suffisent pour former ce que le monde officinal français considère comme l’optimum en terme de missions et d’actes pouvant être réalisés par un titulaire du diplôme. J’ignorais quelle était la durée de leurs études, le contraste est assez amusant, réflexion faite.

    L’une des caractéristiques de notre diplôme est la notion d’unicité de celui ci. Un seul diplôme pour les gouverner tous pour tous les débouchés de la filière. Numériquement, l’officine constitue le débouché majoritaire du diplôme, soit immédiatement après celui ci, soit après avoir occupé des postes dans d’autres secteurs du monde pharmaceutique, voire en dehors de celui ci.

    Vient alors une première question : tous les débouchés du diplômes nécessitent ils un diplôme d’une durée unique en 5, 6 ou 8 ans ?

    A la différence des autres filières d’enseignement du référentiel LMD, les études de santé ne proposent aucun jalon avant le diplôme final. Rentrer dans ces filières implique d’accepter de parcourir un long tunnel dont il est impossible de sortir de façon anticipée sans tout perdre. Comment limiter ce gâchis ? On en revient à la durée des études, une première possibilité consiste à les condenser. C’est un sujet que tu as déjà abordé sur Twitter. Je me suis souvent dit que les 120 questions de cour à 4 étoiles du prof de chimie thérapeutique ne laisseraient pas beaucoup de traces dans ma mémoire. Aujourd’hui, je peux le confirmer. Pour autant, cet enseignement fut il inutile ? Je ne suis pas capable de répondre.

    Dans des études aussi longues que les nôtres, le savoir encyclopédique n’a d’intérêt que si l’on sait faire des liens entre les différents savoirs que l’on a engrangé. En ce qui me concerne, c’est la préparation de l’internat qui a été le principal catalyseur de la mise en place de ce système relationnel qu’est mon savoir professionnel. Sans l’internat, je serais différent aujourd’hui, et moins bon que ce que je suis. Ce parcours m’incline donc à considérer que des études plus longues ou plus densément distribuées constituent des opportunités supplémentaires. Mais tout le monde n’a pas forcément les mêmes objectifs que ceux que j’avais.

    Je pense que l’activité du pharmacien d’officine va évoluer en contrastant de plus en plus les choix des titulaires. Je considère comme fortement probable que la rémunération de l’acte officinal ne sera plus uniforme dans l’avenir, et qu’un certain nombre de variables moduleront celui ci. Le niveau d’études du titulaires et/ou de ses collaborateurs pourrait être l’une d’entre elles. Certains titulaires partirons vers une activité basée sur le commercial, d’autres vers le serviciel.
    Les besoins en collaborateurs ne seront pas les mêmes. De ce constat découle une autre question dont nous avons déjà débattu sur Twitter , la valorisation des acquis des candidats.

    Payer plus des candidats offrant plus de compétences, rien de plus normal. Mais, la grille des salaires devra être adaptée. Comment valoriser le surcroît de rémunération due à ces candidats offrant plus de compétences ? Je ferai un détour avant d’en parler.

    Comment financer un supplément d’études de 2 ans ? Ancien interne, je n’ai pas trop de difficulté à imaginer que l’on puisse adapter l’internat de pharmacie en ajoutant une nouvelle filière comme pour l’internat de médecine générale. Deux questions demanderont des réponses appropriées :
    – Déterminer les pharmaciens pouvant être maître de stage pour des internes sur la base de critères qui pouront être plus contraignants que ceux nécessaires pour le stage de 6ème année officine
    – Financer ces stages, c’est à dire institutionnaliser un mode de rémunération des internes en officine en ne le laissant pas à la seule charge des officines les accueillant.

    Pour finir, je reviens sur la promesse faite plus haut, quid de la problématique de la représentation syndicale ? Pourquoi seuls les titulaires s’expriment ils au nom de la profession ? Les assistants n’ont pas de représentation concrète. L’ordre insiste sur la nécessaire indépendance professionnelle des collaborateurs pharmaciens salariés quand ils exécutent des actes pharmaceutiques. Je ne l’ai jamais entendu proposer que ceux ci soient consultés au travers d’organisations représentatives sur les choix faits pour la profession. J’entends bien que ces choix ont souvent une dimension économiques à laquelle les collaborateurs ne participeront que de façon indirecte. Mais ils ont probablement bien des choses intéressantes à dire même s’ils ne parlent qu’à titre consultatif. Pour finir, les étudiants s’expriment au travers d’une organisation représentative qui est l’ANEPF. Tu ne partages pas leurs avis sur la question, mais cet avis a été donné.

    Pour synthétiser, je dirais donc que je suis plutôt favorable à un allongement des études pour ceux que le désireront. Des avantages discriminants devront leur être attribués : une meilleure formation, un champ d’exercice professionnel plus large comportant des actes pharmaceutiques spécifiques, une base de rémunération plus attractive, et, cerise sur le gâteau, un D majuscule à leur titre de docteur.

    Cordialement,
    Rémi Dufourcq-Lagelouse
    Pharmacien de banlieue

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  2. Lelieb dit :

    Très bon article.
    Cependant une info n’est pas à jour (dans la tête de ceux qui veulent cette réforme, peut-être pas dans la vôtre) : les sages-femmes ont été requalifié.e.s en profession médicale. Même si «  » »que » » » 4 ans d’étude. A jouer qui a la plus grosse, bizarrement, ils en oublient de consulter les bonnes sources.

    Aimé par 1 personne

    • La Coupe d'Hygie dit :

      Merci pour préciser le point qui pouvait prêter à confusion. Je reprenais là les propos des protagonistes 😉

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  3. Anonyme dit :

    Bonjour

    Concernant la comparaison avec le Canada, nous sommes en retard.
    Il faut avoir conscience ensuite que nos études intègrent énormément de Biologie, ce qui n’est pas toujours le cas ailleurs.
    Pour ma part, je ne suis pas opposée à un ajout de 2 ans à condition que ces années soient efficients en terme de contenu et de pratique.
    De plus, il faut que la législation évolué en parallèle pour que les pharlaviens puissent avoit plus de responsabilités reconnues et respectée. Car certains sont de vrais puits de science malgré tout.

    Enfin pourquoi ne pas graduer les études? Ceux qui ne veulent que faire dù commerce s’arrêteront à 5 ans pour des responsabilités limitées. Les autres souhaitant proposer du service soutiendrons une vraie thèse.
    Bien sur encore une fois, il faut en parallèle une vraie refonte des missions d’un point de vue législatif.
    Et quid d’un hospitalier qui voudrait revenir en officine sinon? Cela sera t-il encore possible?

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