Rennes CSI : ils ont tué Snoopy

547888803_1280x7201 mois s’est écoulé. L’ANSM a réuni un comité d’experts indépendants, français et internationaux (le CSST) . Leur travail avance. Entre temps, l’IGAS a publié un rapport mettant hors de cause de son point de vue le protocole. L’Inspection pointe cependant des manquements graves qui portent sur…un défaut de consentement des patients (quand je vous dis que c’est un sujet majeur en France). Peu d’informations filtrent. Le laboratoire Bial s’opposant à la publication des données issues de la préclinique par l’ANSM, le manque de transparence est pointé du doigt par la communauté médicale. A juste titre. Devant cette opacité, Le Figaro Santé poursuit son investigation et publie de « nouvelles révélations troublantes » : des chiens sont morts pendant la phase préclinique. 

Cette annonce fait l’effet d’une petite bombe. Des chiens sont morts. Et le Figaro Santé appelle à la rescousse un nouvel expert pour appuyer son scoop. Daniele Piomelli, professeur de neurobiologie et de pharmacologie à l’université de Californie à Irvine parle d’une information «d’une importance considérable. Cela peut être un vrai signal d’alerte».

Cette « révélation » et cette déclaration vont être reprises par de nombreux journaux. Capture d’écran 2016-03-18 à 11.20.50

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L’avocat de la famille du patient décédé utilisera cette information pour souligner le défaut de consentement du patient qui n’avait pas été informé de la mort d’animaux pendant la phase préclinique.

Sauf que…la mort d’animaux dans un essai préclinique n’est en rien une révélation troublante. Peut être l’affirmation de la Professeur en neurobio et en pharmaco était incomplète ? Mais l’importance de cette information brute ne serait pas qualifiée de considérable par un Professeur de toxicologie.

Petit rappel sur les essais précliniques
Avant de tester un médicament chez l’homme, on le teste d’abord chez l’animal. Ces tests sont appelés essais non-cliniques ou précliniques. Les tests chez les animaux sont fondamentaux. Ils vont servir à évaluer principalement :

  • la pharmacologie : comment et sur quel cible le médicament agit ?
  • la pharmacocinétique : que devient le médicament dans l’organisme, où va-t-il, combien de temps y reste-t-il et à quelle vitesse est-il éliminé ?
  • la toxicologie :  quelles sont les doses toxiques et quels sont les effets délétères de ce médicament sur les organes, la fertilité, la reproduction ou le bébé à naitre.

Les chercheurs collectent un grand nombre d’informations (dose à utiliser, effets indésirables possibles…) qui permettront de déterminer si les essais peuvent se poursuivre chez l’homme.

Sur quels animaux teste-t-on les futurs médicaments ?
Le futur médicament doit être testé au minimum sur un rongeur (rat, souris…) et un non rongeur (lapin, chien, singe, etc…). En général, les tests sont faits sur plus de 2 espèces et c’est le profil du médicament qui va déterminer le type et le nombre. Et parmi ces espèces, le chien beagle est très utilisé. Et oui, les essais précliniques se font sur des Snoopy. Le chien représente une bonne espèce pour prédire les effets d’un médicament sur le système cardiovasculaire et notamment sur les troubles du rythme cardiaque (exemple : voir ici).

Pour réaliser ces essais précliniques, un guide de bonnes pratiques doit être suivi pour garantir un traitement éthique de l’animal en laboratoire (voir ici par exemple)

Et si Snoopy meurt ?
C’est une information importante et on essaye d’en comprendre la raison. En tout cas, ça n’empêche pas de continuer la recherche sur les médicaments ni de les mettre sur le marché.

Par exemple avec l’irinotécan (un anticancéreux). Pendant sa phase préclinique, la mort des chiens n’était pas une surprise. En effet, le test de la DL50 a été pratiqué. Le but de ce test est de rechercher la dose qui tue la moitié des animaux afin de connaitre les symptômes d’une intoxication et la dose toxique.
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(source ici)

Autre exemple avec le médicament de référence pour traiter le diabète de type 2 : la metformine. Les essais de toxicité chronique ont conduit à la mort de 16 chiens beagles.
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(source ici)

Et parfois, les chiens meurent aussi avec le placebo comme dans cet essai testant une pilule contraceptive.
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Les amis des animaux savent très bien qu’il ne faut pas donner de Doliprane aux chats ou aux chiens. Pourtant, c’est le médicament le plus utilisé en France.

Hors contexte, la mort d’un chien ne constitue ni une « révélation troublante » ni une information « d’importance considérable ».

Doit-on informer le participant à un essai clinique que des animaux sont morts en préclinique ?
Une des victimes a déclaré« Ils n’ont pas dit la vérité sur les chiens. Si j’avais su que des chiens étaient morts, je n’aurais pas risqué ma vie pour 1 900 euros. Je n’aurais pas signé ».

Elle pose ainsi la question du consentement. Est-ce que le défaut d’information sur la mort des chiens a vicié son consentement ? Si on lui avait dit que des animaux étaient morts lors de ces tests, on lui aurait également expliqué que cela arrive fréquemment pendant la phase préclinique avec des médicaments qui sont actuellement très utilisés (et utiles). Et parfois même avec des placebos. Aurait-il alors refusé de participer à l’essai ? Mystère.  A mon sens, hors contexte, la donnée brute de la mort du chien a tendance à obscurcir l’information et ne permet pas un consentement éclairé. Par contre, rappeler qu’il y a des tests sur les animaux avant et ce que l’on en a appris fait partie des informations à transmettre aux participants afin de recueillir son accord.

Mais une chose est certaine, comme le montre le rapport de l’IGAS, on a de sérieux efforts à faire pour que le participant donne un consentement vraiment éclairé.

Snoopy vs Ratatouille
Alors, que retient le lecteur ? Qu’un chien, l’un de nos animaux domestiques préférés est mort (personne ne parle des rats vous l’aurez remarqué) ? Que cette révélation est importante. Et on se demande comment l’ANSM a pu autoriser cet essai sachant qu’un chien a été tué ! Et malheureusement, la déclaration de la Professeur aide à alimenter la machine à fantasmes.

Fin du troisième épisode. A suivre…

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