Rennes CSI : J’ai vu de la lumière, je suis devenu expert

547888803_1280x720Enough is enough. I can’t go on, i can’t go on, no more no. Enough is enough. I want him out, i want him out that door now. Vous avez reconnu ce classique de la Disco ? Barbra Streisand et Donna Summers. Indémodable. Oh je sais, que viennent faire ces 2 divas, ces 2 légendes de la musique dans un sujet sur les experts ? Allez, chantez avec moi ce refrain : enough is enough…

Assez c’est assez dit la baleine (Kev Adams sort de ce corps) : je ne supporte plus de lire ou d’entendre dans certains médias des « experts » qui commentent le drame de l’essai clinique de Rennes en enchainant les erreurs grossières. Entre propos tendancieux ou ignorance manifeste, je me pose quelques questions. Comment devient-on expert médicament auprès des médias ? Pourquoi un journaliste a-t-il  contacté le Docteur Tartampion pour obtenir son avis sur un sujet technique ? Pourquoi lui en particulier ? Pour son titre ? Parce qu’il est médiatique ?  Ou pour ses compétences ? A travers plusieurs épisodes, je vous propose de revoir plusieurs « expertises » sur le drame de l’Essai clinique de Rennes.

Le drame de Rennes : un cas rare et très grave
Dans le microcosme médical, l’essai clinique a été un événement majeur et a interpellé de très nombreux professionnels. Immédiatement, tout le monde a cherché à savoir la cause possible de ce drame.  Pourquoi les essais chez l’animaux n’ont pas permis de détecter cet effet ? Est-on en présence d’une erreur dans le protocole d’essai clinique ? D’une erreur dans la mise de l’oeuvre de l’essai clinique ?  Ou sommes-nous en présence d’un aléa de recherche, cas extrêmement rare où l’effet grave reste indétectable malgré toutes les sécurités mise en place ? Ces questions, je me les suis posé également et j’ai cherché différentes sources d’information pour comprendre ce cas.

Les experts anonymes du Figaro Santé et le protocole de l’essai clinique
Grâce à un article du Figaro Santé, le protocole de l’essai clinique a été publié très rapidement. Pour rédiger son article, la journaliste Anne Jouanet « l’a soumis à trois experts renommés ».  Renommés ? On ne sait pas puisqu’ils ne sont pas nommés. Quel dommage.  Et qu’ont-ils dit ?

«L’ANSM leur a lâché la bride», estime un de nos chercheurs.
Whaaaaaaaaat ? Ca commence fort. On s’attend à des révélations fracassantes. (Bon, je casse le suspense, il n’y en a aucune dans l’article)

C’est un protocole assez compliqué qui est en réalité une succession d’études.
Mon radar interne est en alerte. Le protocole que j’ai sous les yeux devient de plus en plus courant. Au lieu de faire plusieurs études successives avec à chaque fois une demande d’autorisation, on groupe les études pour une seule autorisation, garder la même équipe et gagner du temps. Je peux comprendre néanmoins qu’un expert « old school » ne soit pas fan de ce type d’approche. Ca se discute. Mais rien de vraiment compliqué dans ce protocole. Et l’allégation qui clôture l’article est du même ordre (« Cette étude mélange plusieurs objectifs en même temps regrette un autre expert »). 

Sans compter que le patron de la recherche clinique de Bial, José Francisco Rocha, est titulaire d’un simple «BSc», soit un Bachelor of Science, autrement dit un bac + 3, là où l’on serait plutôt en droit d’attendre une thèse.
Mais c’est quoi cet argument ? On a besoin d’un expert pour sortir ça  ? D’abord, un BSc n’est pas forcément un bac +3. Il peut très bien s’agir d’un Bac+4 ou un Bac+5. Par exemple, à Oxford des BSc sont devenus des Master Degree. De plus, ce protocole est contresigné par le Directeur de la R&D qui a un PhD (donc une thèse) et par un médecin investigateur. Cette attaque sur le diplôme est, je trouve, gratuite et non pertinente vu le cas. Je suis de ceux qui pense que le diplôme est une marche. L’expérience nous permet d’en gravir d’autres. Notre capacité professionnelle n’est pas liée toute notre vie à notre diplôme.

Par ailleurs, nos experts s’interrogent sur la place du placebo dans une telle étude de phase 1.giphy (7)

Comment un expert peut-il s’interroger sur la place du placebo dans une étude de phase 1 ? C’est la base. Si un expert se pose une telle question, je le renvoie aux premières expériences scientifiques en école primaire : 1 haricot et du coton, un groupe contrôle (avec des sels minéraux, de l’eau, du soleil) et des groupes test (sans eau ou sans sels minéraux ou sans lumière). Et personne ne veut avoir le haricot sans eau. Et bien le chercheur c’est pareil. Il lui faut son groupe contrôle.

La BASE, quoi. Et comme je ne vous demande pas de me croire sur parole avec mes souvenirs de haricots, voici la recommandation de l’Agence Européenne du Médicament pour tout essai clinique (source ici)

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La parole des « experts renommés » n’est jamais remise en cause. Aucun avis de prudence vis à vis du peu d’information disponible à ce moment.  Pas non plus de rappel des règles de conduite des essais cliniques. Alors que retient le lecteur non averti de cet article ? Que l’Ansm a laché la bride au laboratoire ? Que les choses n’ont pas été faites comme il faut sur la base de curieuses expertises ?

Fin du premier épisode. A suivre…


Enough is enough

 

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2 réflexions sur “Rennes CSI : J’ai vu de la lumière, je suis devenu expert

  1. Boubou31 dit :

    Et si… Et si on apprenait par le Plus grand des hasards que Mme Marisol Touraine veut la peau de Mr Martin, Directeur Général de l’ANSM, et mis en cause dans cet accident… Comme il s’accroche à son poste, comme par hasard beaucoup d’experts se prononcent régulièrement pour critiquer l’ANSM! Bizarre bizarre, vius avez dit bizarre?😀

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