Le patient, le brevet et la notice

LyricaDepuis quelques mois, les médecins reçoivent de drôles de courriers. Bon, ce ne sont pas les courriers qui vous promettent bonheur, numéros du loto, guérison et retour de l’être aimé dans les 24h. Non. Pas non plus celui du plombier, serrurier, couvreur, ramoneur poseur de vitres présent exceptionnellement dans votre ville pour une durée limitée. Non. Ce courrier provient de 2 laboratoires génériques, Mylan et Sandoz. C’est plus banal. Mais il a de drôle qu’il conseille aux professionnels de santé de ne pas utiliser un de leurs médicaments !

Le Lyrica au coeur d’une bataille juridique.
Pfizer commercialise le Lyrica. Avant Octobre 2015, les brevets de Pfizer sur la prégabaline (la substance active) protégeaient ce médicament contre l’arrivée des génériques. Depuis octobre 2015, le Lyrica peut être remplacé par un médicament générique..mais seulement dans certaines indications. Le Lyrica est autorisé pour 3 indications : les douleurs neuropathiques, les épilepsies et le trouble anxieux généralisé.  Or, les génériques ne peuvent se prévaloir de l’indication « douleurs neuropathiques ». Elle est encore protégée par un brevet. Pour éviter un procès en contrefaçon, Mylan et Sandoz, à la demande de Pfizer, envoient des courriers aux médecins pour leur demander de ne pas prescrire leurs  génériques du Lyrica pour l’indication encore protégée. Ils invitent alors les médecins à prescrire spécifiquement le Lyrica de Pfizer avec la mention non substituable pour empêcher le pharmacien de remplacer le princeps par un générique.

Comment réagit le prescripteur ?

  • Il y a le médecin qui respecte le commandement de cette lettre et prescrit « Lyrica -Pregabaline Non Substituable ».
  • Celui qui a mis directement la lettre à la poubelle sans l’avoir lu et continue comme avant.
  • Celui qui a décidé de résister à Pfizer en mentionnant ostensiblement le nom du médicament générique et du laboratoire (avec non substituable pour les plus joueurs).
  • Celui qui prescrit uniquement la DCI (=prégabaline) puisque l’ajout du nom de marque n’est pas obligatoire.

Et si le médecin ne suit pas le commandement de Sandoz et Mylan, le pharmacien substituera le Lyrica par un générique car il n’a que peu de moyens de savoir pour quelle indication a été prescrit ce médicament.

Et le patient dans tout ça ?
Vous me direz : Et alors ?  Comme n’importe quel générique, Prégabaline Sandoz (ou Mylan) contient la même substance active et le même dosage que le princeps. Il n’y a donc aucun problème pour le patient.

Effectivement. Mais dans ce cas, pour le patient, le problème n’est pas la gélule mais l’emballage et la notice. Est-ce que les informations données avec le Lyrica sont les mêmes que celles données avec ses génériques ? Globalement oui. Exceptée l’indication absente, les notices des génériques sont similaires à celles du princeps. Mais ce n’est pas toujours le cas.

L’exemple Abilify
Ce médicament a 3 indications : 1 indication pour la schizophrénie et 2 indications pour les épisodes maniaques. Ses génériques par contre n’ont que l’indication « schizophrénie ».  On retrouve là un schéma similaire au Lyrica. Mais dans le cas d’Abilify, les notices ont une différence.

Dans la notice du générique on peut lire :
Capture d’écran 2016-03-01 à 22.19.47
(source ici)

Par contre dans la notice d’Abilify, on lit :
Capture d’écran 2016-03-01 à 22.17.26
(source ici)

Eh oui. Les génériques n’indiquent pas le même âge que le princeps pour l’utilisation chez les adolescents.

Pourquoi cette différence ?
Car l’indication schizophrénie est réservée aux adolescents de plus de 15 ans contrairement aux 2 autres indications réservées aux enfants de plus de 13 ans.

Donc dans la vraie vie, le médecin a bien expliqué la maladie à son patient. Il prescrit en DCI comme la loi lui demande.
Puis, le pharmacien devant l’ordonnance et l’impossibilité de savoir pour quelle maladie ce médicament est prescrit, le remplace par un générique.
Ce jeune patient de 13 ans souffrant d’épisode maniaque et ses parents se retrouvent alors seuls chez eux face à une notice qui ne parle que d’une autre maladie, la schizophrénie, et qui interdit l’utilisation de ce médicament à ce trop jeune patient .

Quelle confiance le patient accordera-t-il à la notice, au médicament et aux professionnels qui lui ont prescrit un médicament qui ne lui semble pas destiné ?

Et ce n’est là qu’un exemple pris au hasard. J’aurais pu également évoquer d’autres cas où le défaut d’information peut devenir encore plus problématique (posologie, mise en garde…)

Au final, et comme trop souvent, on oublie qu’à la fin, le patient se retrouve seul chez lui…avec sa notice.


Pour aller plus loin
Passe d’armes autour de la prégabaline
Le courrier Mylan

CVY-cDZWcAAvApk (1)

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s