A ce stade (ou comment se doper à l’insu de son plein gré) !

ST_vs_Gloucester_-_Match_-_23La Coupe du Monde de Rugby bat son plein. Les anglais, organisateurs de l’événement, ont offert le plus beau des cadeaux à la France en se faisant éliminer dès la phase de poule. Le coq gaulois peut chanter. Quelque soit son parcours, il aura surclassé la perfide Albion.  Et si les tricolores venaient à remporter le trophée suprême, l’outrage fait à ce XV d’une rose fanée serait total. Mais pourquoi je vous parle de ça au fait ? Car après tout, ce blog n’a pas vocation à accueillir tous les sports du monde (mais il peut prendre sa part). D’accord, j’avoue. Cet événement sportif est une excuse parfaite pour évoquer une  pratique moins glorieuse qui affecte tous les sports : le dopage. Mais pas n’importe lequel : le dopage à l’insu de son plein gré. Défense célèbre du cycliste Richard Virenque, le « dopage à l’insu de son plein gré » est devenu la sentence rituelle pour qualifier un sportif qui a été contrôlé positivement au test antidopage et qui déborde d’imagination pour prouver son innocence. Des compléments alimentaires aux baisers langoureux, les sportifs ont été prolixes pour étayer leur défense : Oui les résultats sont positifs mais c’est à « l’insu de mon plein gré ». Cette technique oratoire est souvent moquée par le public qui y voit là une tentative désespérée d’échapper ou de minimiser la sanction.

Et si le problème venait aussi de la notice ?
Et si cette excuse n’était pas systématiquement fondée sur des arguments délirants mais sur un problème d’information ? Et si, parfois, le problème pouvait venir de l’information donnée dans les notices de médicaments ? Intéressons nous à une classe de médicaments antihypertenseurs : les Inhibiteurs de l’Enzyme de Conversion (ou IEC).

Les IEC sont utilisés pour faire diminuer la pression artérielle. Pour reconnaitre un IEC, c’est facile, le nom de la substance active se termine par le suffixe « -pril » (captopril, ramipril, énalapril, etc…).
Les IEC peuvent être utilisés seuls ou associés à un diurétique, l’hydrochlorothiazide (HCTZ). L’HCTZ est un médicament qui augmente la quantité  d’urine éliminée. Cette action diminue également la pression artérielle.

Ok, c’est bien tout ça, en quoi ça concerne le dopage ? J’y viens. Plongeons-nous dans la notice  de l’énalapril-HCTZ. Dans la rubrique « Sportifs », on trouve ceci :

Enalapril-HCTZ
Capture d’écran 2015-10-10 à 19.38.51
(source ici)

Ok. L’énalapril est une substance dopante contrairement à l’HCTZ. Simple. Donc, si je prends la notice de l’énalapril sans l’HCTZ (ou de n’importe quel autre médicament de la famille des IEC), je dois retrouver cette mise en garde, n’est-ce pas ?

Enalapril (seul)
Capture d’écran 2015-10-10 à 19.42.51
(source ici)

Ah oui, vous avez compris comme moi. C’est l’énalapril de l’énalapril-HCTZ qui est un produit dopant et non l’énapril de l’énalapril tout seul. Je ne vois pas d’autres explications !

Bon, c’est sûrement un oubli.  Allons voir la notice du captopril, un autre IEC, associé à l’HCTZ pour voir ce qui est dit.

Captopril-HCTZ
Capture d’écran 2015-10-10 à 19.50.57
(source ici)

Ah. si je comprends bien, l’hydrochlorothiazide de l’énalapril n’est pas une substance dopante mais l’hydrochlorothiazide du captopril est une substance dopante. A ce stade (Jean Bouin), il ne s’agit plus d’un oubli mais d’une erreur dans l’une des notices. Soit l’IEC est dopant, soit l’HCTZ, soit les 2, soit aucun. Voyons voir le captopril seul pour nous faire une idée.

Captopril (seul)

Capture d’écran 2015-10-10 à 19.42.51

Le captopril seul (comme l’énalapril seul) ne contient pas non plus de mise en garde pour les sportifs. A ce stade (toulousain), on peut supposer que la notice d’énalapril-HCTZ est incohérente. L’HCTZ est alors la substance dopante.  Pour finir de vous convaincre de cette brillante démonstration, il suffit de prendre la notice d’un 3e IEC, le ramipril seul.

Ramipril (seul)
Capture d’écran 2015-10-10 à 19.42.51
(source ici)

Ouf. L’hypothèse de l’IEC non dopant se confirme. A ce stade (français), il nous reste à voir l’hypothèse sur l’HCTZ avec l’association ramipril-HCTZ.

Ramipril-HCTZ
Capture d’écran 2015-10-10 à 19.42.51(Source ici)

Alors, l’HCTZ du captopril est dopant mais pas l’HCTZ de l’énalapril-HCTZ ni l’HCTZ du ramipril-HCTZ.

A ce stade (Mayol), qu’est-ce que vous voulez que je dise ? Y-a-t-il quelqu’un quelque part qui revoit les notices et RCP ? Dans un stade peut-être ? Soyons fous, regardons la notice de l’HCTZ tout seul ?

HCTZ (seul)
Capture d’écran 2015-10-10 à 22.57.34
(source ici)

Donc maintenant c’est l’HCTZ. Mouais, mouais. Non mais moi, à ce stade (Millenium), je ne crois plus aux notices.

3 notices d’IEC-HCTZ, 3 informations différentes sur le dopage. Le meilleur conseil à suivre est…de ne surtout pas faire confiance aux notices de médicaments pour identifier une substance dopante. A ce stade (de France), seule la liste établie par l’Agence Mondiale Antidopage (source ici) est digne de confiance.

A ce stade (de Twickenham), allez les bleus.


Pour aller plus loin : Il y a quelque mois (et certainement au vu du bazar), l’EMA (Agence Européenne du Médicament) s’est penchée sur cette mise en garde dans les notices européennes. Et puisqu’il n’y a pas d’obligation légale de mentionner les substances dopantes dans les notices, l’EMA a finalement conclu que le plus simple était encore de ne plus inscrire d’information sur le dopage. On attend la position française.

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