En médecine, la « race » n’a pas sa place

Samedi 26 Septembre. La Députée Européenne Nadine Morano, membre du Parti « Les Républicains », déclenche un tollé médiatique en qualifiant la France de « pays de race blanche ». Le terme « race » fait écho à des idéologies nauséabondes et ses propos sont violemment condamnés par une partie de l’opinion publique. Et pour cause, la « race », comme élément de classification dans l’espèce humaine n’a aucune valeur scientifique. Pour le dire simplement, la « race » blanche, noire ou jaune, ça n’existe pas. Pas du tout ? Non ! Car un domaine peuplé (pourtant) d’irréductibles scientifiques résiste encore et toujours et continue à utiliser ce terme : j’ai nommé la médecine.

Pour lever tout ambiguité, je ne remets pas en cause les médecins et autres professionnels de santé. Il est hors de question de leur faire un procès en racisme. Les professionnels de santé soignent les personnes sans distinction. Revenons à notre députée européenne.

« Le mot race est dans le dictionnaire »
Pour justifier son propos, Mme Morano s’est empressée de renvoyer les téléspectateurs à la lecture du dictionnaire. Sage conseil qu’elle aurait dû s’appliquer à elle-même avant de prononcer ces terribles mots. Que dit le Larousse sur le terme « race » (source ici) :

« Catégorie de classement de l’espèce humaine selon des critères morphologiques ou culturels, sans aucune base scientifique et dont l’emploi est au fondement des divers racismes et de leurs pratiques. (Face à la diversité humaine, une classification sur les critères les plus immédiatement apparents [couleur de la peau surtout] a été mise en place et a prévalu tout au long du XIXe siècle. Les progrès de la génétique conduisent aujourd’hui à rejeter toute tentative de classification raciale chez les êtres humains.)

Mme Morano utilise donc à dessien un terme pour appuyer une idéologie au fondement des divers racismes et de leur pratique. Au moins les choses sont claires la concernant.

Oui mais la Constitution utilise le mot race
L’article 1er de la Constitution de 1958 n’utilise le mot race que pour mieux le disqualifier :
« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. »

Par ailleurs, la Constitution française est un texte juridique. Ce n’est pas un traité de science ou de médecine. La notion de race n’a AUCUNE valeur scientifique. Et le Larousse n’est pas le seul ouvrage à l’affirmer.

Mais que disent les dictionnaires médicaux ?
Rien. Ce terme n’est défini ni dans le Dictionnaire de l’Académie de Médecine ni dans celui de l’Académie de Pharmacie (source ici et ici). L’utilisation de ce terme se retrouve dans les contenus de définitions n’ayant pas trait à l’espèce humaine.

Et dans les dictionnaires de vulgarisation médicale ?
Il n’existe pas non plus dans le Larousse Médical en ligne (source ici). Par contre, la définition existe dans l’encyclopédie Vulgaris Medical (source ici) :
« Si, le plus souvent péjorativement dans le langage commun, le terme race désigne une catégorie de personne qui ont un même comportement, des inclinations semblables ou exercent une même activité, médicalement, scientifiquement, la notion de race n’existe pas. Il semble préférable de parler d’ethnie terme servant à définir des populations dont les critères culturels ou sociaux sont dominants. Il n’existe en fait qu’une seule race humaine ou espèce humaine. »

Péjoratif. Aucun fondement médical ou scientifique. Péjoratif. Blessant. Insultant. Ce mot n’est pas anodin.

Oui, mais alors pourquoi le retrouve-t-on partout dans le domaine médical.
Je n’ai pas mis longtemps pour trouver ces quelques exemples :

Le support de cours du Conseil National des Gynécologues Obstétriciens Français
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(Source ici)

Dans le polycopié des cours de gynécologie sur le site de l’Université Pierre et Marie Curie à Paris.
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(Source ici)

ou dans le polycopié de cancérologie
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(Source ici)

Sur le site de l’ANSM dans le Résumé des Caractéristiques du Produit d’un médicament contre l’hypertension
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(Source ici)

Dans les avis de l’Haute Autorité de Santé (HAS)
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(Source ici)

Nous avons là un terme qui n’a aucune valeur scientifique ou médical mais qui pourtant est utilisé abondamment par :
– un Organisme professionnel des médecins Gynécologues Obstétriciens dans un but de formation,
– une Faculté de Médecine pour l’apprentissage des futurs médecins,
– l’Agence des Médicaments dans les Résumés d’information
– la Haute Autorité de Santé.

Résultats non exhaustifs d’une recherche Google de 15 minutes.

Si les propos de Madame Morano sont honteux, que dire dans ce cas de l’utilisation de ce terme par des professionnels de santé qui ont eu une formation scientifique. Il faut être cohérent. Sauf à vouloir refaire le sketch des inconnus sur la différence entre le bon chasseur et le mauvais chasseur. Il n’y a pas une bonne utilisation de ce mot pour les professionnels de santé d’une part et une mauvaise utilisation quand il est utilisé par d’autres personnes d’autre part.

Le terme race n’a tout simplement pas sa place ni en sciences ni en médecine.
La science et plus particulièrement la médecine a une grande aptitude à utiliser un langage technique, parfois abscon pour le public. Exemple trivial, nous dirons facilement céphalées au lieu de maux de tête. Mais, pour le terme race, nous nous complaisons à utiliser un terme péjoratif sans aucune base scientifique alors que la science regorge d’autres termes précis et appropriés :
Génotype : Ensemble ou partie donnée de l’information génétique d’un individu
Phénotype : Ensemble des caractères observables d’un individu. Par exemple, la couleur de la peau, des yeux, etc…
Phototype : Classement des individus selon la réaction de leur peau lors d’une exposition au soleil
Zone géographique où a vécu l’individu et/ou ses ascendants

Et j’en oublie sûrement.

Au pire, on utilisera le terme « ethnie » (même si je n’aime pas beaucoup ce terme qui contient des critères sans intérêt médical). Le département de la santé britannique définit un groupe ethnique par : une histoire, des traditions, une origine géographique, des ancêtres, une langue ou une religion commune qui forme un groupe distinct au sein une grande communauté (Source ici – Merci au twitto @OrangeDrenka pour le lien).

Je pourrais aussi m’insurger sur l’utilisation d’autres termes vagues ou inappropriés comme le fameux « caucasien ».

Occupons nous déjà de bannir le terme « race » du vocabulaire scientifique et médical et nous serons plus légitime à donner des leçons à une Députée Européenne.

La poutre, la paille, le ménage devant sa porte, toussaaaaa, toussaaaaa.

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2 réflexions sur “En médecine, la « race » n’a pas sa place

  1. La Coupe d'Hygie dit :

    Merci pour cette proposition. La complexité d’un individu est défini par son génotype. Les sciences ne manquent pas de termes techniques…à condition de vouloir les utiliser 😉

    J'aime

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