Avastin : Episode pilote

Lucentis-plus-coûteux-quAvastinLa série « Avastin » est un régal. Les rebondissements et le suspense de cette série Made In France tiennent en haleine tous les passionnés de Droit pharmaceutique. La saison 1 s’est terminée par la victoire éclatante de Big Pharma sur le Ministère de la Santé. Sonné, le pouvoir politique a juré dans ce dernier épisode que si la France a perdu une bataille, elle n’a pas perdu la guerre. Dans la saison 2, on retrouvera les forces spéciales de l’Agence du Médicament avec une nouvelle stratégie de déstabilisation. Et pourtant, malgré la force de cette offensive, il est probable que cette nouvelle saison connaisse un dénouement similaire: la capitulation en rase campagne devant le Conseil d’Etat. Je vous propose de vous raconter l’histoire en plusieurs épisodes.

Point de départ : la découverte des anti-VEGF
Pour se développer, les cellules cancéreuses envoient dans l’organisme des facteurs de croissance des vaisseaux sanguins (les VEGF). Ces facteurs permettent aux cellules de s’alimenter. Deux sociétés de biotechnologie, Genentech et Regeneron, découvrent des protéines capables de cibler et d’inhiber ces VEGF. On parle alors des anti-VEGF. Ces médicaments agissent en coupant la logistique de la cellule cancéreuse.

Genentech à l’origine d’Avastin et de Lucentis
Genentech découvrent 2 anticorps monoclonaux différents. Il conclut alors des accords de licence avec Roche pour le développement du bevacizumab (Avastin) dans certains types de cancers puis plus tard avec Novartis pour le développement du ranibizumab (Lucentis) dans la DMLA (dégénérescence maculaire liée à l’âge).

Regeneron à l’origine d’Eylia et de Zaltrap
En parallèle, Regeneron découvre l’aflibercept. Il conclut un accord de licence avec Bayer pour le développement de cette protéine dans la DMLA (commercialisée sous le nom d’Eylia) et avec Sanofi dans certains types de cancer (Zaltrap).

Le prix de Lucentis (et d’Eylia), coeur du noeud gordien
Pour traiter la DMLA, les ophtalmologues disposent aujourd’hui du Lucentis (commercialisé par Novartis) et d’Eylia (commercialisé par Bayer). Zaltrap et Avastin ont également une AMM mais ces médicaments ont été développés pour traiter certains cancers. Ils n’ont pas d’indication dans la DMLA et ne peuvent donc pas être prescrit dans cette indication. En théorie.

En pratique, leur utilisation dans la DMLA relèverait d’une prescription dite « hors AMM ». Outre les règles strictes applicables à ce type de prescription, les conditionnements et les dosages de Zaltrap et Avastin ne sont pas prévus pour une injection dans l’oeil.

Le Lucentis a un coût de 900 euros par injection (dans l’oeil) alors que l’Avastin coûte 30 euros l’injection (dans la veine). Des voix s’élèvent contre cette différence de prix. L’idée d’une économie pour la Sécurité Sociale se dessine. Et si l’Avastin, molécule similaire au Lucentis, était aussi efficace dans la DMLA ? Les calculatrices tournent à plein régime et on imagine déjà économiser 400 millions d’euros en passant tous les patients de Lucentis vers Avastin.

Sauf qu’il y a un problème, et celui-ci est de taille : Roche n’a jamais déposé de dossier d’AMM pour obtenir l’indication dans la DMLA. L’Etat a beau avoir enjoint, prié, encouragé, demandé à Roche de déposer une demande pour étendre l’indication d’Avastin à la DMLA, Roche refuse cette solution. La raison avancée par certains serait l’existence d’un accord entre Roche et Novartis empêchant Roche de se lancer dans une telle procédure. Cet accord est-il illicite? En Italie, Roche et Novartis ont été condamnés conjointement à une amende de 182,5 millions d’euros pour ce motif. En France, l’Autorité de la concurrence (saisie par l’UFC Que Choisir) a également lancé sa propre enquête pour déterminer si un tel accord existe, et dans ce cas, si l’accord est licite. Sauf qu’en attendant les résultats de l’enquête, l’Avastin ne dispose toujours pas d’autorisation pour être prescrit dans la DMLA. Et pendant ce temps, la Sécurité Sociale continue de rembourser le Lucentis aux patients atteints de DMLA. Pour accélérer le remplacement du Lucentis par l’Avastin, l’Etat imagine un contournement stupéfiant de sa propre législation et invente la Recommandation Temporaire d’Utilisation (RTU)…pour motif économique.

A suivre…

 

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2 réflexions sur “Avastin : Episode pilote

  1. Théophile Jaubert dit :

    Bonjour
    Je suis juste un an en retard …!
    Je me documente sur le sujet pour des raisons « familiales »
    30€ l’injection d’Avastin ? C’est le prix de l’acte ? Parce que la molécule c’est autre chose …

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  2. La Coupe d'Hygie dit :

    Bonjour. Merci pour cette piqure de rappel. Je me rends compte que je n’ai pas fini les épisodes de cette série 😦
    A l’époque, une source indiquait 30 euros. Je retrouve ici un coût de 10 euros.
    https://www.vidal.fr/actualites/16173/avastin_bevacizumab_remboursement_autorise_dans_le_traitement_de_la_dmla/
    Toutefois, le coût (pour l’hôpital notamment) est à manier avec précaution. Il n’est pas certain que la RTU d’Avastin soit intéressante financièrement pour les hôpitaux.
    http://www.lequotidiendupharmacien.fr/actualite/article/2016/05/30/la-rtu-davastin-sous-utilisee_243416

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