La médecine, le médicament et le pari sportif

Le FC Barcelone est champion d’Europe. Et voilà que je me lance dans une comparaison entre le médecin, le médicament et le pari sportif. Mais quel rapport peut-il y avoir entre les 3 ? Quel est donc le sujet de ce post ? S’agit-il des médicaments contre la maladie de Parkinson qui provoquent une addiction aux jeux d’argent ? Pas vraiment. En fait, je vais vous expliquer pourquoi selon moi : Tous les prescripteurs sont des parieurs sportifs !

Le pari sportif, un choix « risqué »
Avant la finale de la Ligue des Champions, les parieurs sportifs avaient le choix entre la victoire de Turin et celle de Barcelone. Compte tenu de savants calculs statistiques et sportifs, Barcelone apparaissait comme le grand favori des bookmakers avec une cote de 1,6 contre 1 (vous misez 1 euro, vous empochez 1,6 euros en cas de victoire de Barcelone).

A contrario, Turin avec une cote de 5,6 contre 1 paraissait un choix plus risqué. Certes une victoire de Turin rapporte plus. Mais elle est moins probable. C’est pourquoi sa côte est plus élevée.

Après avoir étudié les forces et les faiblesses de Barcelone, son histoire, ses matchs, ses aptitudes et ses joueurs, les bookmakers ont considéré que cette équipe présentait le plus de chance de gagner ce match.

Avant le match, il n’était pas certain que Barcelone l’emporte. L’incertitude du football a montré à maintes reprises que la logique sportive pouvait être inversée. Il n’était donc pas impossible que Turin gagne cette coupe. Mais cette situation était la plus improbable.

Maintenant mettez vous dans la peau d’un parieur sportif. Si vous deviez jouer pour être sûr de gagner de l’argent, sur quelle équipe parieriez-vous ? Celle qui rapporte le plus ? Ou celle qui a le plus de chance de gagner ?

Et bien faire ce choix, c’est le travail quotidien du médecin, de la sage femme ou de tout professionnel qui prescrit un médicament.

Le médicament ? Une histoire de probabilité
Pour obtenir une autorisation de mise sur le marché (AMM), le médicament doit démontrer sa qualité, son efficacité et sa sécurité d’emploi. Le dossier d’AMM contient les résultats d’essais cliniques où le médicament est testé contre un placebo (une gélule de sucre par exemple). Les résultats de ces études montrent si le médicament a un effet supérieur au placebo et quels sont ses effets indésirables les plus fréquents toujours par rapport au placebo. Et si, le placebo aussi a des effets indésirables (étonnant n’est ce pas ?).

Avec ces résultats, on évalue la balance du bénéfice par rapport au risque. On sait si le médicament est plus efficace qu’un placebo et si pour cette efficacité, les effets indésirables sont « acceptables ». Prenons le cas de la thalidomide, on n’acceptera pas ce médicament comme anti-nauséeux à cause des risques de malformations chez les enfants à naitre. Par contre, on l’acceptera dans le traitement de la lèpre (avec contraception obligatoire).

Cependant, les essais contre placebo ne nous permettent pas de savoir si le médicament est plus ou moins efficace qu’un autre dans la même indication. Seuls des essais cliniques comparant 2 médicaments le permettent mais ces essais sont rares. Et c’est là que le prescripteur devient un vrai parieur sportif.

Homéopathie versus allopathie, quand le PSG rencontre Carquefou
Comme pour l’équipe de Carquefou, on n’a pas trop d’infos sur l’homéopathie. L’efficacité n’a pas été prouvée, les granules ne sont jamais testés contre un placebo, et le concept scientifique est…comment dire…très dilué.

Avant le match, on n’est persuadé que Carquefou a une chance de l’emporter. En football, mon petit monsieur, tout peut arriver. Et ce n’est pas faux, sinon Carquefou n’aurait pas été en quart de finale de la Coupe de France. L’effet placebo existe et il peut guérir (ou donner des effets indésirables). Le médecin homéopathe peut tenter la grosse cote en misant sur l’homéopathie. La victoire (l’efficacité) est moins probable mais le gain (l’absence d’effets indésirables) est plus important.

Et lorsque le médicament est ancien (peu de données disponibles), sur certaines pathologies qui s’y adaptent bien, ou que l’efficacité est très légère par rapport au placebo, il arrive que Carquefou élimine l’OM.

Mais lorsque l’homéopathie se confronte à des médicaments plus récents (mieux documentés) et/ou sur des pathologies mettant la vie en péril, le médecin se retrouve à choisir entre Carquefou et le PSG (et Zatlan n’est pas en tribune). Evidemment, le prescripteur « pariera » sur le PSG pour donner à son patient le plus de chances de gagner ce match.

Et pour le match FC Paracetamol contre Real Ibuprofene?
Si c’est assez simple d’évaluer la cote du match médicament versus placebo, évaluer la côte du match entre 2 médicaments est nettement plus ardu, surtout en l’absence d’essais comparatifs. Et tout comme le parieur sportif, le médecin va devoir évaluer un certains nombres de facteurs pour décider la meilleure probabilité de succès pour le patient.

Le médecin utilisera donc toutes les informations à sa disposition (les antécédents, l’âge, le poids, le mode de vie, les prises de sang, les signes cliniques, etc..) pour prendre sa décision. Il n’est pas certain qu’il ait raison. Il a même pu se tromper dans le diagnostic. Mais il met tout en œuvre pour réduire la place accordée au hasard. Son talent repose donc sur son aptitude à proposer au patient le médicament qui a le plus de chance de gagner ce match.

En termes sportifs, il analyse les précédents (même si ce n’est pas la même équipe, même si ce n’est pas les mêmes poteaux carrés…), les joueurs en présence, les joueurs blessés, la nationalité de l’arbitre, le stade, la météo et même l’impact de la couleur du maillot. Tous ces critères vont lui permettre de décider qui du FC paracétamol ou du Real Ibuprofène a le plus de chance de soulager le mal de tête du supporter regardant l’équipe de France de football se faire fritter par la Belgique.

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2 réflexions sur “La médecine, le médicament et le pari sportif

  1. Ginette dit :

    Bonjour, ce blog soulève des questions intéressantes cependant un détail dans l’article me chagrine : vous comparez les médicaments anciens qui auraient « peu de données disponibles » aux médicaments récents « mieux documentés ». Or c’est tout à fait l’inverse : il existe davantage de recul avec les médicaments anciens qu’avec les médicaments récents, l’utilisation pendant des années et le recueil des effets indésirable fait la plupart du temps des médicaments ancien un choix moins risqué.

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  2. La Coupe d'Hygie dit :

    Merci pour ce commentaire. A date d’AMM, les médicaments anciens ont apporté moins de données dans le dossier d’AMM pour prouver leur efficacité et leur sécurité par rapport aux médicaments les plus récents. De nombreux dossiers d’AMM anciens ne seraient plus acceptés de nos jours avec leurs données. Exemple récent, les nouveaux médicaments doivent présenter des plans de développement pédiatrique, données que l’on n’a pas pour nombreux médicaments anciens. Certes, les médicaments anciens bénéficient d’un recul important. Mais en corollaire, on connait aussi leurs défauts et on les accepte. Cela serait moins évident si ces mêmes molécules étaient enregistrées de nos jours.

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