La folle histoire de la quinine – L’herbe des jésuites (1)

Tout commence avec ce petit insecte, l’anophèle.
L’anophèle femelle est le vecteur d’une maladie connue et funeste : le paludisme.
Du latin paludis signifiant marais, elle est également appelé improprement par les anglophones malaria (de l’italien signifiant mal’aria = mauvais air).

Le paludisme est provoqué par un parasite: le plasmodium. Plusieurs types de plasmodium existent, le plasmodium falciparum étant le plus dangereux.

Le plasmodium, le champion du camouflage protéique
En 2012, le paludisme a tué environ 600 000 personnes soit 30 fois plus qu’Ebola. Et il est peu probable qu’un vaccin soit produit prochainement.Contrairement à Ebola, il est très improbable qu’un vaccin soit développé. Le parasite a une enveloppe composée d’un manteau de protéine et il change de manteau régulièrement. Un vaccin entraine vos globules blancs à reconnaitre une protéine. Sauf qu’ici, le parasite en change tout le temps.
Imaginez: vous jouez au jeu « Qui est-ce » et votre adversaire triche en changeant à chaque tour le profil du personnage à trouver. Un cauchemar.

La découverte de la quinine fut une longue histoire
Pendant longtemps la France a connu le paludisme. Et c’est à cette maladie que l’on doit notamment l’aménagement des Landes.
Traitement le plus connu, la quinine a été une avancée aussi majeure que les antibiotiques dans l’arsenal thérapeutique. Et l’histoire de la quinine relève un grand nombre de surprises.

Le quinquina? Arbre inconnu à l’époque précolombienne
La quinine est une substance présente dans des arbres appelés quinquinas. Il existe plusieurs types de quinquinas classés notamment par couleur (rouge, jaune…). Initialement, ces arbres poussaient en altitude exclusivement dans la Cordillère des Andes. Avant Christophe Colomb, cet arbre était inconnu en Europe.

Les jésuites, de brillants ethnopharmaciens
Au XVIIe siècle, les jésuites en Amérique du Sud évangéliseront les indiens quechuas. Ces Indiens (qui en réalité étaient des péruviens) connaissaient depuis longtemps les qualités fébrifuges du quinquina.
Selon la légende, en 1620, ils en proposent à un missionnaire jésuite atteint de fièvre palustre. Ce traitement, révolutionnaire pour un Européen, le guérira de sa fièvre.
Peu de temps après, la femme du nouveau Vice-Roi, la comtesse de Chinchon, qui vient juste d’arriver en Amérique du Sud, souffre d’accès palustre. Plutôt que de lui faire 5 saignées, des jésuites lui recommandèrent de mâcher quelques plants de cette plante. La guérison de la Comtesse sera honoré en donnant un nom latin à cette espèce: « Cinchona Officinalis ».

Toutefois, certains travaux tendent à dénoncer cette version. Les Indiens n’auraient eu aucune connaissance des qualités pharmaceutiques du quinquina. Celles-ci n’auraient été découvertes que par les jésuites.

Quelque soit la version, les jésuites à l’époque ont pratiqué une des spécialités du pharmacien : l’ethnopharmacologie.

Le début d’un commerce
Le plus réputé d’entre eux, le frère jésuite italien Agostino Salombrini, pharmacien, développera une pharmacopée impressionnante en cultivant des plantes locales dans le jardin botanique du Collège St Paul de Lima. La réputation du frère Salombrini est telle qu’il reçoit de nombreuses commandes des missions locales notamment pour le quinquina. Son commerce deviendra si important que ses supérieurs jésuites s’en inquiètent.
Ce commerce se poursuivra en traversant l’Atlantique. En 1633, le quinquina apparait en Europe pour la première fois sous forme de poudre. Les jésuites de Lima apportent cette poudre pour soulager les fièvres intermittentes survenant l’été à Rome.
Les jésuites se spécialiseront entre autres dans l’exportation de poudre d’écorce de quinquina. Tout jésuite faisant le voyage d’Amérique du Sud vers l’Europe emportera dans ses bagages de grandes quantités d’écorce.

On donnera à cette plante le nom d’Herbe des Jésuites.

L’herbe des jésuites, un monopole qui durera 100 ans
Pendant 1 siècle, les jésuites auront un monopole sur son exportation. L’Espagne étant le point d’entrée de cette exportation, des voies de contrebandes apparaissent pour alimenter les Etats-Unis et l’empire britannique.

Les Indiens à la production, les jésuites à la vente
Les jésuites avaient mis en place un réseau commercial impliquant les Indiens, ceux-ci ayant la charge de leur rapporter les précieuses écorces. Le nombre d’écorcheurs (Cascarilleros) fut si important que la production explosa faisant chuter le prix de l’écorce.
Certains botanistes alertèrent sur les dangers de voir disparaitre complètement cette plante du fait des méthodes peu respectueuse du renouvèlement de cette denrée. Les jésuites ont bien tenté d’exiger que soit replanter, en forme de croix, cinq arbrisseaux pour un arbre abattu, sans grand succès.

De plus, le besoin mondial en quinine était à peine couvert par la production. Cette production alimentait seulement 3% des malades

Un contexte d’indépendance des colonies
Parmi les faits qui entourent l’histoire du quinquina, le sort d’un des élèves de l’ecole des jésuites attire l’attention. Il s’agit de José Gabriel Condorcanqui Noguera, marquis d’Oropesa, plus connu sous le nom de Tupac Amaru II. Metis issu de sang noble, il étudiera chez les jésuites au College des Caciques de Cuzco.

Les caciques étaient sous l’autorité du Vice-Roi et avait un rôle d’intermédiaire entre les Indiens et les colons espagnols.

Tupac Amaru II, élevé par les jésuites, recevra la charge de cacique de la ville de Cuzco. La ville de Cuzco était l’une des villes majeures pour la production et le commerce du quinquina rouge.

Certains historiens voient dans la formation de Tupac Amaru II un moyen pour les jésuites de structurer la production de Quinine. Si cette thèse est vraie, ce fut un échec complet.

D’une part, les jésuites ont été expulsés d’Amérique du Sud en 1767. D’autre part, Tupac Amaru II formenta une rébellion célèbre : il sera le premier à réclamer l’indépendance de l’Amérique. Dans la foulée, il décrétera l’abolition de l’esclavage des noirs en 1780.

L’impudent indigène et sa rébellion seront matés dans le sang. Tupac Amaru II finira écartelé mais son martyr en fera une figure centrale de la Bolivie.

A suivre…

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