Lisibilité de la Notice : Le Commissariat à la prospective a déjà 22 ans de retard

3cdc0e969562884ce4b9e9a964189675_largeQuand le Commissariat général à la Stratégie et la Prospective de l’Etat français décide de se pencher sérieusement sur le médicament, le pharmacien que je suis est forcément curieux de lire son analyse.

Petit rappel, ce Commissariat annonce fièrement sur sa page Twitter « apporter son concours à la détermination des grandes orientations pour l’avenir de la Nation ». On ne plaisante plus.  Nous sommes là en face de visionnaires analysant avec finesse l’environnement pour en détecter les tendances futures dans laquelle le pays doit s’inscrire.

Alors imaginez, une telle structure qui a décidé d’émettre des recommandations sur le circuit du médicament dans le futur, on écoute et on lit avec attention (voir le rapport ici)

« Ceci est une révolution – Steve Jobs »
Et tout d’un coup, le Commissariat fait LA recommandation révolutionnaire. Celle qui n’existe pas encore et qui changera l’avenir de l’information patient. Comment ça je suis ironique? Et bien constatez par vous même : Page 9, Rubrique « Informer l’usager » – Partie « Faire évoluer la présentation du médicament ».

« le médicament lui-même devrait, dans sa présentation et son conditionnement, contenir toutes les informations pertinentes »

L’idée de génie. Donner des informations pertinentes au patient sur le conditionnement et sa présentation. Personne n’y avait pensé.
Les esprits chagrins rétorqueront qu’au niveau européenn, il s’agit là d’une obligation  datant de 1965 (directive 65/65/CEE). Mais ces esprits n’ont pas encore lu la suite.

« Elles représentent pour les entreprises pharmaceutiques des protections juridiques. »

Mais que je suis bête. Moi qui pensais que ces informations étaient des obligations européennes inscrites dans le Code de Santé Publique et dont le but était d’informer le patient et le médecin sur le bon usage du médicament ? Mais non. Ces informations sont justes là pour servir de protections juridiques aux entreprises. Ah? Donc les entreprises se protègent-elles ou les entreprises répondent aux exigences de l’Article 1383 du Code Civil. Reprocher aux entreprises du médicament d’essayer de respecter la loi. Ce niveau d’analyse me laisse songeur.

« Par ailleurs, les notices mériteraient d’être simplifiées. »

Oh…le scoop… Il aura fallu 22 ans au Commissariat à la Prospective pour se rendre compte que les notices devaient être simplifiées. Dois-je rappeler que la lisibilité des notices est une recommandation européenne faite en 1992 qui est devenu obligation  en 2005. Elle a été mise en application dans le Droit français en 2008 et l’autorité de tutelle l’ignore superbement depuis 6 ans décourageant les laboratoires de prendre le problème à bras le corps contrairement à ce que l’on a vu en Angleterre dès Juillet 2005.

 L’illisibilité des notices françaises est une réalité. Ce constat est partagé par tous. depuis au moins 22 ans. Cependant, la faute n’est pas à mettre sur l’industrie pharmaceutique. Depuis 2008, les laboratoires ont pour obligation de soumettre des notices lisibles (décret du 8 mai 2008). Ils procèdent à des tests de lisibilité et déposent à l’autorité de tutelle des propositions de notices lisibles. Et ensuite? 

8 ans après l’obligation de lisibilité, la France autorise toujours des notices illisibles
On appréciera ainsi l’illisibilité de plusieurs notices récemment approuvées par l’autorité de tutelle (Janvier 2014) et qui comporte des termes non expliqués tels que « myasthénie gravis, « amines tertiaires, dermatite, oedème, tachycardie, kétoconazole, itraconazole, érythromycine, clarithromycine, josamycine, etc… »

Conclusion : Sur le médicament, c’est un Commissariat à la prospective…du passé
Je ne m’étendrai pas sur les autres propositions telles que le déconditionnement qui ignore superbement les problèmes de contrefaçon attaché à ce type de solution (allez faire la différence entre 2 comprimés blancs) ou le recours à d’autres thérapies non médicamenteuses (qui ne sont évidemment pas remboursées). 

La lecture de cette note d’analyse est au final décevante.  La méconnaissance du Commissariat sur les obligations et les pratiques actuelles est visible sur différents points et l’absence de propositions innovantes est ennuyeuse lorsque l’on traite de la stratégie et de la prospective. Allez, un petit conseil à nos commissaires, la prochaine fois, parlez nous de la notice électronique, du développement des Robot-Santé ou des parcours de soins à un niveau européen. Cela vous évitera de nous montrer que vous avez déjà 20 ans de retard sur les sujets que vous traitez.

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