Pharmaciens contre Leclerc : un combat inégal ?

1321_a_votre_sante-7899dL’Autorité de la Concurrence s’est à nouveau prononcée en faveur de la vente des médicaments sans ordonnance (OTC) en dehors des pharmacies. Le but de la mesure ? Faire baisser le prix des produits.

Cette actualité est un marronnier. Depuis, plus de 10 ans, Leclerc fait un lobby intense pour obtenir le droit de vendre des médicaments dans ses parapharmacies tenues par des pharmaciens. Sans succès pour l’instant. Son argument massue est toujours le même : il fera baisser les prix des médicaments sans ordonnance.

Dézinguons rapidement les arguments surannés des 2 parties :
1- Leclerc ne demande pas l’autorisation de vendre des médicaments en dehors du monopole des pharmaciens. Si vous avez entendu l’inverse, c’est comme d’habitude un raccourci journalistique.
2- Les parapharmacies Leclerc sont tenues par des pharmaciens. Il n’y aurait donc pas de rupture du monopole pharmaceutique si on accédait à la demande de Leclerc.
3- Un Docteur en Pharmacie prête serment, a un ordre professionnel et un code déontologie. Sur l’OTC, le conseil par un pharmacien d’officine ou par un pharmacien « Leclerc » serait similaire à condition de garantir l’indépendance d’exercice (et notamment le refus de vente).
4- Non, les pharmaciens ne se sucrent pas sur l’OTC. Les officines en France font 80 à 90 % de leur chiffre d’affaires sur les médicaments remboursables. Le reste est fait par la parapharmacie et le non-remboursable (dont les OTC).
5- Il y a déjà une vraie concurrence entre les pharmacies sur les prix du non-remboursable. Je vous invite à vous rendre Paris 5 et Paris 6 où des pharmacie sont connues internationalement (notamment en Asie) pour leurs parapharmacies et leurs prix.

Concentrons nous sur le problème qui nous occupe à savoir : le prix. Comment Leclerc peut il promettre de baisser les prix des OTC de 30 % ?

Pour le comprendre, nous devons d’abord revenir sur un point fondamental dans l’exercice du pharmacien : son indépendance.

L’indépendance du Pharmacien, une contrainte à faire évoluer ?
Depuis longtemps, l’Ordre des Pharmaciens s’est attaché à faire de l’indépendance du titulaire d’officine, un principe fondamental dans l’exercice de la pharmacie. Le titulaire d’officine doit avoir la maitrise de son activité. Lorsque le pharmacien exerce en société, cela se traduit par :
• une obligation de posséder la majorité du capital et des droits de vote
• une limitation dans la possibilité de prendre des parts dans d’autres officines
• l’impossibilité pour un seul pharmacien d’être titulaire et de posséder la maitrise de plusieurs officines.
• l’interdiction pour les pharmaciens exerçant en industrie ou à l’hôpital d’être actionnaire (alors qu’ils ont le même diplôme).

La Loi Murcef votée en 2001 permettait bien de créer des holdings pour les professionnels de Santé. Mais les décrets d’application n’ayant jamais vu le jour, le Conseil d’Etat se chargea d’accélérer le mouvement plus de 10 après pour permettre aux médecins (et aux autres professions libérales par ricochet) de constituer des holdings.

En 2013, les décrets sont finalement publiés mais en restreignant les possibilités offertes par le Holding. Un pharmacien ne peut posséder de parts dans plus de 4 officines et ne doit pas avoir plus de 50% du capital (et des votes) dans chacune.

Cette contrainte a été pensée par le Ministère de la Santé pour continuer à assurer l’indépendance et empêcher la création de grandes chaines d’officines tenues par un seul holding de pharmaciens (comme Boots au Royaume Uni par exemple).

Ces contraintes fixées, il est impossible pour un pharmacien de lutter avec Leclerc.

Les pharmaciens ne jouent pas dans la même cour que Leclerc
Demandez à votre épicier de s’aligner sur les prix de l’hypermarché. Comment le pourrait-il ? Son volume d’achat n’est pas le même qu’un Carrefour ou un Auchan. Il ne peut négocier avec son fournisseur les mêmes baisses de prix.
Pour parer à ces contraintes, des groupements de pharmaciens se sont formés. Mais on est encore loin de la puissance de feu d’un Carrefour.

Quand Leclerc se présente face à ses fournisseurs, il a derrière lui 562 magasins Leclerc en France.
Qui imagine qu’un pharmacien d’officine avec son holding de 4 pharmacies puissent obtenir les mêmes conditions commerciales que les magasins Leclerc ?

Imaginez également le pharmacien d’officine. On l’empêche de grandir, on l’empêche de créer des chaines d’officines et d’entreprendre à une échelle nationale. Et là, l’Autorité de la Concurrence vient lui reprocher de ne pas baisser les prix des OTC. Puis elle donne comme recommandation de laisser des Holdings géantes (Leclerc, Carrefour, Auchan…) vendre les médicaments OTC alors qu’on lui interdit depuis 10 ans de faire un holding de 4 malheureuses pharmacies.

Le pharmacien d’officine a le droit de l’avoir mauvaise, non ?

Autre recommandation de l’Autorité de la Concurrence, permettre au pharmacien d’officine de faire de la publicité. Parce qu’en plus, il ne peut même pas mettre un tract de publicité dans votre boite aux lettres pour vous annoncer que le vaccin antigrippe est disponible. La publicité lui est interdite.

Et après on voudrait le mettre en concurrence avec Leclerc ? C’est comme de demander à Thierry La Fronde d’affronter un Char Patton, non ? Imaginez Thierry la Fronde portant fièrement sa mission de service publique, son maillage même dans les zones rurales, son service de garde le dimanche face au char d’assaut qui négocie d’une main de fer avec ses fournisseurs, qui inonde les médias de pub, et fait pousser des drivin’ comme des champignons.

Et si on équilibrait les forces en présence ?
Le but, c’est la baisse de prix. Pas que Leclerc vende des médicaments. Uniquement la baisse de prix. Alors si on donnait les moyens aux pharmaciens de lutter à armes égales :
1 – Revoir le décret sur le holding pharmaceutique pour permettre à tous les pharmaciens (officine, industrie ou à l’hôpital) de créer de vrai chaines d’officines.
2 – Permettre aux pharmaciens de faire de la publicité sur l’OTC.

Et si dans 5 ans les prix n’ont pas baissé, il sera toujours temps d’appeler Leclerc à la rescousse.

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